Je descendis de la voiture à la suite de mon frère, dont la nouvelle tenue vestimentaire faisait l’unanimité, et je me sentais un peu con à côté. D’habitude, je me serais vanté d’être classe,
avec mon pantalon noir et mon t-shirt légèrement transparent blanc qui mettait en valeur les formes qu’il était sensé cacher. Mais là je devais avouer que Damian avait fait fort. Je passai une
main dans ses cheveux alors que des piaillements féminins parvenaient déjà à mes oreilles. Mon petit frère me regarda avec une pointe de méchanceté lorsqu’il se rendit compte que je l’avais
légèrement décoiffé.
- Tu veux que je te les arrange ?
- Ca va pas ?! Ce sera encore pire après !
Je regardai ma main un moment, la douceur des cheveux de Damian me caressant encore. Je m’étais toujours demandé comment il faisait pour avoir les cheveux si doux. Son attention s’était fixé sur
moi, et je savais qu’il attendait que ce soit moi qui entre en premier, comme toujours. Dans un sens, j’étais certain qu’il essayait de prendre exemple sur moi, moi qui n’avais pas le tiers de
son talent dans aucune discipline et qui pourtant le fascinais. C’était surement l’effet que tout grand frère devait faire.
Le videur me regarda et retint un sourire avant de me dire que je pouvais passer, et James entra juste derrière moi, déjà à moitié secoué par la musique. Oui, James adorait danser et il ne s’en
cachait pas. A peine la musique déclenchée, on ne l’arrêtait plus. Je me dirigeai vers le bar, à l’affut d’une future conquête, et le type de l’autre côté me lança un clin d’œil avant de jongler
avec deux bouteilles.
- Qu’est-ce que je sers à mon Billy ?
- Comme d’hab’.
Il laissa glisser dans mon verre un alcool blanc et incroyablement odorant, et mon frère l’attrapa avant d’en boire une gorgée, quelques gouttes de Malibu imbibant ses lèvres lorsqu’il le reposa
sur le bar. Je ne pus m’empêcher de froncer les sourcils et Damian fit de même en me regardant.
- Qu’est-ce que t’as ?
- Heu…ben rien en fait, j’en sais rien.
- Tu te sens mal ?
- Pas du tout !
Il haussa les épaules et commença à danser avec une demoiselle, à qui il ne tarda pas à payer un verre. Et moi ? Eh bien figurez-vous que je restais planté là comme un idiot à me demander ce qui
avait pu provoquer cet étrange frisson dans mon ventre au moment ou j’avais regardé ses lèvres. Je me décidai quand même à bouger au bout de quelques minutes et trouvait un homme qui daignerait
danser un moment avec moi. Pourquoi pas une femme ? Tout simplement parce que j’étais le genre de personne à tenter n’importe quoi et que je venais de me rendre compte que je n’avais encore
jamais essayé ça ! Le type se resserra un peu plus et nos lèvres se frôlèrent. Après un léger baiser de sa part, je ne sentais plus aucun frisson. C’était bien là la preuve que c’était juste ça.
Lorsque j’avais vu les lèvres de Damian, j’avais eu envie de tenter ça. Et maintenant que je l’avais fait il n’y avait plus aucun problème.
Je rejoignis rapidement le reste de mes amis et mon frère, qui avaient réussi à squatter une banquette, et je m’assis calmement à côté de la tête rousse.
- Je t’ai vu, cachotier !
- Vu quoi ?
- Embrasser un mec !
James avait pris un fou rire. De toute la bande, il était le seul gay et ne s’en cachait pas. En fait, il ne se cachait réellement de rien, et pire, il le clamait haut et fort. Je lui lançai un
sourire.
- Je voulais tenter, tu sais que je suis un amateur de nouvelles sensations. Ca ne fait pas de moi un homo.
Damian poussa un petit rire et reprit.
- C’est vrai que je te vois mal homo. Et puis, ça me dégoute un peu, deux mecs ensemble.
- Ca peut être super bien !
James avait coupé poil de carotte dans son élan, et tout le monde autour était parti dans un fou-rire. Mon frère me donna un petit coup de coude et changea de sujet.
- Alors comme ça tu nous laisses mourir de soif ?
Je pris les commandes de tout le monde et me décidai à me lever, demandant au passage à Mike de m’accompagner pour m’aider à porter le tout. Une jeune femme nous croisa et me lança un clin d’œil
auquel je répondis sans y faire vraiment attention. Peut-être que ce soir j’avais mes chances avec une nana, à les voir tourner autour de moi comme ça. Je ramenai les verres à la table et chacun
se jeta sur sa conso.
- A cette fin d’année !
- A cette fin d’année !!
Tout le monde avait repris en chœur après moi et avait vidé son verre. Une jeune serveuse était venue nous en débarrasser et nous en servir d’autres. Après tout une soirée à boire, à part bien
sur James qui devait nous ramener, chacun commençait à rire pour rien, et je jetais de temps à autre des petits coups d’œil à mon frère. Qu’il n’aille pas me faire un coma éthylique ici, avec la
quantité qu’il venait d’avaler.
- Le nieu se…zerait…gue tu dormes… Allez...d…dors…
Alors que je prononçais ces mots, c’étaient mes propres paupières qui partaient en vrille. J’étais plus bourré que tout le monde et c’était encore moi qui tentais de donner des conseils. Encore
une fois Damian éclata de rire pour rien et tenta de se faire de l’air en agitant sa main.
- J’t’avais dit…que t’aurais chaud…
Comme si j’avais lâché la meilleure vanne du siècle, ils s’étaient tous pliés en deux.
- Elle était trop excellente !
- Faudra que je la raconte !
Je regardais Mike et Justin, un ami qui nous avait rejoints directement ici, avec de grands yeux. Leurs cerveaux semblaient encore plus déconnectés que d’habitude. Mon frère s’agita à côté de moi
et, comme à l’accoutumée quand il avait trop bu, il posa sa tête sur mon épaule et commença à s’endormir. Encore ce frisson dans mon ventre, mais plus fort cette fois. L’alcool me poussait à
faire des choses auxquelles je n’aurais même pas pensé en temps normal. Je me décidai à passer mon bras autour des épaules de mon frère et il ouvrit lentement un œil, me fixant de l’une de ses
émeraudes. Nos regards restaient l’un dans l’autre et il se redressa doucement, nos visages comme attirés l’un par l’autre, jusqu’à ce que ses lèvres viennent frôler les miennes délicatement.
Plus tendrement qu’aucune femme ne l’avait jamais fait. J’ouvris de grands yeux mais me laissais faire, bien trop enchainé par cette douceur pour pouvoir m’en éloigner. Juste des lèvres
bouillantes contre les miennes. Puis étrangement, après un petit moment comme ça, je sentis ma bouche s’entrouvrir et le bout de ma langue caresser ses lèvres pulpeuses. Les copains riaient
autour de nous en applaudissant, mais je n’en tenais plus compte.
- Tu as chaud…Damian… ?
Jamais ma voix n’avait été si sensuelle et elle fit courir un frisson dans le dos de mon cadet. Un frisson qui secoua tout son corps. Il me répondit sans même éloigner ses lèvres.
- Très chaud…
Sa voix était plus cristalline, et ce tressaillement au bas de mon ventre ne voulait plus me lâcher.
- Damian…
Je glissai lentement ma main sous son nouveau T-shirt et caressais chaque parcelle de ce torse fin et androgyne. Mon frère se laissait faire, les yeux flous sous l’effet de l’alcool, et pendant
un instant je me dis qu’il ne sentait peut-être même pas mes doigts sur lui. Il passa ses deux bras autour de mon cou et lâcha dans le creux de mon oreille un murmure qui aurait pu exciter
n’importe qui.
- Billy…je te veux…
- Hmmmm…
Je n’avais réussi qu’à laisser un son entre le gémissement et le grognement excité sortir de ma bouche, et la courbe sur les lèvres de Damian s’était légèrement allongée. Justin s’était poussé un
peu pour me permettre d’allonger mon frère de tout son long, mes doigts ne quittant pas cette peau douce.
- Hey Mike, filmes, on leur montrera demain pour leur foutre un peu la honte.
Mike piqua un fou-rire auquel je ne fis pas attention et sortit son portable, rivant la petite caméra sur nous. Mais tout ça, je ne le voyais pas vraiment. J’en étais conscient, mais je ne le
contrôlais pas. Qu’est-ce que j’étais en train de faire, à glisser ma langue sur la peau bouillante de mon propre frère ? Il poussa un long gémissement lorsque ma langue atteignit son épaule, y
laissant une trainée de salive encore plus chaude, et son visage devint encore plus rouge qu’avant. Il me faisait fondre complètement, avec ses petits airs timides et innocents. Je savais qu’en
me « réveillant » le lendemain, avec une gueule de bois pas possible, j’allais avoir des regrets. Mais pour l’instant je profitais à fond de ce que nous étions en train de faire.
Damian fit glisser ses mains dans mon dos et soupira de plus belle. Je déboutonnai avec rapidité son pantalon et y glissai une main, caressant son sexe incroyablement dur à travers le tissu fin
de son boxer en poussant moi-même un long gémissement de plaisir. L’alcool aidant, je m’apprêtais à avoir un contact direct avec cette peau surement aussi douce que tout le reste lorsqu’une main
attrapa mon poignet. Je levai méchamment les yeux pour apercevoir James.
- Ce que l’alcool vous ferait pas faire les mecs. Vous êtes imbibés jusqu’à l’os et aucun de vous deux n’a envie de ça. Vous êtes même plus conscient que vous
êtes hétéros et frères par-dessus le marché.
Il se mit à rire et nous faisions de même, avant que James nous traine tous dans la voiture, affirmant qu’il pouvait ramener Justin s’il mettait sa ceinture correctement et arrêtait de rigoler
comme un âne. Le trajet se passa plutôt mal, Damian et Mike s’amusant à se donner des petits coups sur la banquette arrière alors que j’étais entre eux deux. Mais, merci l’alcool, ils
n’arrivaient pas à se toucher, me donnant au passage des coups de poing que je ne méritais pas. J’essayais quand même de ne pas m’énerver, heureux de voir Damian agir comme si rien ne s’était
passé. Peut-être même avait-il déjà oublié.
Une fois arrivés chez nous, j’avais déjà eu le temps de dessaouler un peu et j’aidai donc mon frère à descendre de voiture et à s’introduire dans notre grande maison en tentant de ne pas faire de
bruit, pour ne pas réveiller nos parents. Il ne manquait plus qu’ils nous voient dans cet état. Nous avions peut-être l’âge de rentrer complètement secs, mais à ce point ça en devenait grave. Et
puis qui voudrait de ses parents sur le dos dans un moment comme celui-ci ? Je montai les escaliers portant presque Damian sur mon dos et l’allongeai sur son lit avec tendresse, avant de caresser
sa joue.
- Je suis désolé pour ce soir. Heureusement que James était là, sinon on aurait fait une belle connerie. Mon pauvre petit poil de carotte.
Je savais que dans son état, mon frère ne devait même pas comprendre le moindre mot de ce que je pouvais lui raconter. Mes sourcils se froncèrent une fraction de seconde et je ne pus m’empêcher
de sourire. Il venait de s’endormir. Et son visage angélique paraissait si serein. Je le laissai tout habillé, remontant juste une couverture pour qu’il ne prenne pas froid, et quittai sa chambre
pour aller m’introduire dans la mienne. J’enlevai rapidement mes vêtement et m’allongeai nu entre les draps en chantonnant tout bas la mélodie de la nouvelle compo de Damian. Elle était vraiment
belle, tendre, et si tragique à la fois. Si je n’avais aucun talent, je savais pourtant le reconnaitre quand je l’entendais passer. Et cet air me tenait déjà beaucoup à cœur, me faisant presque
verser des larmes ce matin quand je l’avais entendu pour la première fois. Encore une fois mon frère occupait mes pensées.
C’est à cet instant là que les quelques scènes précédentes refirent surface dans mon esprit. Mes lèvres contre celles de Damian, sa petite mine innocente aux joues rougies, ses yeux flous, ses
petits gémissements. Le parfum de l’alcool sur sa peau, l’odeur de son shampooing dans ses cheveux. Et son sexe dur sous mes doigts. Dur et palpitant de désir. Une sensation merveilleuse, et je
n’avais même pas pu le toucher directement. Je m’étonnais à penser à ça, maintenant que l’effet de l’alcool s’était un peu dissipé. Je me surpris à pousser un long gémissement grave que je tentai
tant bien que mal d’étouffer, et lançai un regard à mon ventre. Sans même me toucher, juste en revoyant ces scènes dans ma tête, je venais de jouir. J’ouvris de grands yeux, moi-même étonné de ce
qui venait de se passer, et tentai de faire le vide. Avais-je tant envie que ça de me taper un homme ? Je me retournai dans les draps et entendit mon frère donner un léger coup contre le mur,
surement en se retournant lui aussi. Il avait du se cogner dans son sommeil. Je m’endormais lentement, mes pensées tournées vers Damian et vers cette sensation qui s’était installée en moi. Sur
ce coup là, j’étais vraiment un mauvais exemple. Un très mauvais grand frère.